Pòdi pas resistir al plaser de vos transmetre aquela reaccion/testimoniatge d'un professor d'occitan, a volgut far conneisser aquò largament e es donc en françés, ei pas léser de lo revirar, desencusatz me:
"Depuis deux semaines les annonces du métro toulousain se font en occitan.
Je pourrai dire « dans ma langue » ou sauter de joie.
J’ai choisi de demeurer froid et de suivre les conversations,
d’écouter les gens, de saisir sur le vif leurs réactions. Bien
sûr c’était le moment de balancer dans les rames quelques
étudiants en sociologie ou en sociolinguistique pour capter les
rares moments d’exclamations heureuses ou indifférentes ou bien
carrément agressives. Ce que j’ai pu recueillir n’a aucune
valeur scientifique et ne reflète rien si ce n’est les gens que
j’ai pu croiser au hasard des stations.
Je n’ai ressenti aucune agressivité, aucune amertume aux annonces
faites en occitan. La voix claire dont on pourrait critiquer
l’accentuation tonique annonce les stations. Ce n’est pas une
traduction de l’annonce en français. En occitan, on a seulement le
nom des stations. Les « correspondance pour la ligne B »
et autres « terminus, personne ne doit rester dans cette rame »
ne sont pas dits en occitan. La majeure partie des gens ne montrent pas de signe d’étonnement. C’est comme à Nice ou à Barcelone. Aujourd’hui, des annonces dans les lieux publics se font en plusieurs langues, c’est le cas
de la gare Matabiau par exemple qui dicte les consignes à tenir en
cas de symptômes grippaux en castillan et en anglais. Alors
l’occitan dans le métro ne dérange pas, bien au contraire pour la
petite dame dont le mari demande de lui répéter ce qui est annoncé.
« C’est en occitan ! ils annoncent les stations en
occitan. » ; « Ah ! Et pourquoi ? » ;
« Et bé c’est bien, tè ! pardi ! et pourquoi pas
qu’il le dirait en occitan ? C’est la langue de Toulouse. »
Oui, l’occitan, langue de Toulouse, enfin d’ici et d’ailleurs et des
alentours, grands les alentours. Mais jamais je n’ai entendu le mot
« patois ». Comme les temps ont changé ! le
vocabulaire s’est adapté, la langue a retrouvé quelque chose :
son nom ! Et ce n’est pas rien ma petite dame !
La conversation reprend. « Et tu crois qu’ils comprennent, les
jeunes ? » ; « Et pardi, la petite de X elle le
parle bien à l’école ! »
Effectivement, personne ne s’est perdu dans le métro toulousain et surtout pas les étudiants italiens qui sont en virée et qui reconnaissent là
une certaine langue familière, au moins pour ce qui est de
l’intonation, du lexique aussi. Finalement, je reste dans la rame
sur toute la ligne B et enfin découvrir « Sauze long »
qui prend vie. Ouf ! je croyais le toponyme disparu à tout
jamais, mais maintenant les « Bassa Camba », la « Font
de l’Estanh » et autre « Bòrda Roja »
s’éclairent et revivent. Nous n’en finirions pas de nous étendre
sur les bienfaits de ses retrouvailles.
Puis c’est la rencontre avec trois adolescentes, une dame d’une
quarantaine d’années, et un couple plus âgé. Les jeunes filles
ricanent sournoisement à l’annonce des stations. Elles essaient de
reproduire ce qu’elles ont entendu. La dame demande « C’est
du catalan ? mais on dirait du béarnais ». Elle est
dubitative. « Moi, je suis béarnaise et je dis pas comme ça
mais c’est presque pareil. » Le couple plus âgé : «
C’est de l’occitan (eux non plus ne disent pas patois) de
Toulouse, c’est la langue d’ici : eh ? que c’est joli
comme ça ? ». Et l’autre de reprendre : « Je
le savais bien que c’était pas du catalan parce que ça c’est
comme le béarnais ». Les gamines répètent ce que la voix dit avec une remarquable correction. L’accent tonique des jeunes est impeccable, la
prononciation très correcte. Alors, elles m’interrogent et me
demandant ce que « ça » veut dire. Juste quelques mots
d’explications. Très peu, le minimum, devinant qu’elles veulent
en savoir plus. J’explique ce que j’aime. C’est tout. Nous nous
quittons, une d’elles me demande comment on dit « au revoir
monsieur », un autre comment dit-on ….. et la béarnaise s’en
va chantant « bèl cèl de Pau ». Voilà, Tisséo a su
plus que mille cours d’occitan donner l’envie d’apprendre, non,
de se réapproprier quelque bien oublié dans un coin. Ça c’est
ÉNORME !
En fait, les gens seraient entrain de se réapproprier un territoire,
peut-être une façon de vivre, d’être, peut-être même un être
tout entier. Peut-être alors retrouveront-ils une conscience, une
identité, une responsabilité dans la cité, une histoire pour se
dessiner un avenir ? La reconquête de la langue occitane peut être aussi rapide qu’un aller-retour en métro. En peu de temps de socialisation de la langue occitane les progrès peuvent être gigantesque et une situation
d’abandon peut être dépassée.
C’est pourquoi, ce mot s’adresse à tous ceux qui mettent leurs espoirs
dans la reconquête de la langue par la socialisation de celle-ci ;
TOUT EST POSSIBLE !
Ce mot s’adresse aussi à tous les pisse-vinaigre qui ne croit en rien,
les derniers des mohicans qui se croient seuls à parler occitan,
chez eux le soir et d’amagat ; tous ceux qui pensent que la
langue occitane n’appartient qu’à eux et quand ils seront morts
s’en sera fini ou peut-être avant. À tous ceux qui n’ont pas
encore compris que c’est par la socialisation de la langue que nous
gagnerons le combat mené. La reconnaissance de la langue est déjà
gagnée par la nominalisation enfin acceptable : le mot
« patois » disparaît ; le mot « occitan » s’est imposé et même en Provence. Et puis (c’est une redondance qui me plait et m’est si familière…) le combat pour la langue est porteur de tellement de luttes … Il ne reste qu’à faire
vivre cette langue sur les murs, les murs des écoles, les murs des
cités, les murs des mairies, les écrans des télés.
Alors, Occitanistes de tout poil, réfléchissez donc ! Qui mènera ce
combat ? Qui permettra de relever ce défi d’une langue plus
présente dans la vie pour que les gamins de l’école, arrivent le
matin avec un bouquet d’occitan pour la maîtresse, pour qu’à
nouveau l’occitan soit une langue possible entre un commerçant et
son client, entre deux ados dans le métro, entre un gosse et son
grand-père, une mère et son bébé. Le temps n’est pas si loin…
Puis un autre temps viendra"